Le conflit iranien est sur le point de faire grimper la faim dans le monde à des niveaux records

0
17

Le conflit en cours impliquant l’Iran menace d’aggraver l’insécurité alimentaire mondiale à des niveaux sans précédent, poussant potentiellement 45 millions de personnes supplémentaires dans une famine aiguë au cours des trois prochains mois. Une analyse récente du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies prévoit que, si la situation persiste et que les prix du pétrole restent élevés, un nombre stupéfiant de 363 millions de personnes dans le monde seront confrontées à l’insécurité alimentaire – dépassant le précédent record établi lors du début de la guerre en Ukraine en 2022, lorsque 349 millions de personnes étaient touchées.

Commerce perturbé et hausse des prix

La racine de la crise réside dans la grave perturbation du commerce mondial, notamment à travers le détroit d’Ormuz. Depuis le 2 mars, la navigation s’est effectivement arrêtée sur cette voie navigable critique, bloquant le flux de produits essentiels comme le pétrole, le gaz naturel liquéfié et, surtout, les engrais. Ce blocage est particulièrement dévastateur car il coïncide avec la saison des semis en Afrique subsaharienne, une région fortement dépendante des importations d’engrais : environ 25 % de l’approvisionnement mondial passe par le détroit.

La hausse des prix du pétrole, déjà supérieurs à 100 dollars le baril, aggrave le problème. Les régions dépendantes des importations de produits alimentaires et de carburant, notamment une grande partie de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne, supporteront le poids de cette augmentation des coûts. Les calculs du PAM démontrent que des prix pétroliers toujours élevés rendront un régime de 2 100 calories inabordable pour des millions de personnes supplémentaires dans le monde.

Impacts régionaux et populations vulnérables

L’analyse met en évidence des vulnérabilités régionales spécifiques :

  • Asie : On prévoit une augmentation de 24 % de l’insécurité alimentaire, affectant 9,1 millions de personnes supplémentaires.
  • Afrique orientale et australe : Environ 17,7 millions de personnes seront nouvellement touchées.
  • Amérique latine et Caraïbes : On estime que 2,2 millions de personnes connaîtront une insécurité alimentaire accrue.
  • Moyen-Orient et Afrique du Nord : 5,2 millions de personnes supplémentaires souffriront de la faim.
  • Afrique centrale : 10,4 millions de personnes supplémentaires auront du mal à accéder à une nourriture suffisante.

“Si ce conflit continue, il enverra une onde de choc à travers le monde. Les familles qui n’ont déjà pas les moyens de payer leur prochain repas seront les plus durement touchées”, prévient Carl Skau, directeur exécutif adjoint du PAM.

L’ampleur de la crise

L’évaluation du PAM est basée sur une modélisation de l’impact des chocs pétroliers durables sur les prix alimentaires mondiaux, en tenant compte de la dépendance de chaque pays à l’égard des importations et du nombre de personnes incapables de se nourrir adéquatement. La situation est désastreuse, car elle pousserait les niveaux de faim dans le monde à un niveau sans précédent, une « perspective terrible, terrible », selon Skau.

La combinaison des chaînes d’approvisionnement perturbées, de la hausse des coûts de l’énergie et du calendrier des saisons agricoles crée une tempête parfaite pour une famine et une instabilité généralisées. Sans une intervention humanitaire rapide et significative, les conséquences seront catastrophiques pour les populations vulnérables déjà confrontées à l’insécurité alimentaire.