Maîtrise paléo-inuit des mers arctiques : découverte de colonies vieilles de 4 500 ans sur des îles isolées du Groenland

0
17

Les archéologues ont découvert des preuves que les Paléo-Inuits, parmi les premiers habitants de l’Arctique, effectuaient des voyages audacieux en eau libre vers les îles isolées du Groenland il y a déjà 4 500 ans. La découverte remet en question les hypothèses antérieures sur les premiers schémas de déplacement dans l’Arctique et met en évidence les compétences maritimes sophistiquées de ces communautés préhistoriques.

Les îles Kitsissut : un pôle arctique vital

Les colonies sont situées sur les îles Kitsissut (également connues sous le nom d’îles Carey), un petit groupe au large de la côte nord-ouest du Groenland. Ces îles se trouvent au sein d’une polynie – une zone d’eau libre entourée de glace de mer – qui donne accès à des ressources marines critiques. Les communautés inuites contemporaines utilisent encore Kitsissut pour la chasse aux oiseaux marins, ce qui a incité les chercheurs à étudier son importance préhistorique.

Les découvertes archéologiques confirment des voyages répétés

Une enquête récente a identifié près de 300 éléments archéologiques sur trois des îles, avec une concentration notable de 15 habitations paléo-inuites sur l’île d’Isbjørne. Ces habitations, marquées par des anneaux de pierre indiquant des fondations de tentes à foyer central, remontent à il y a entre 4 000 et 4 475 ans, d’après l’analyse d’os d’animaux. Cela suggère un modèle soutenu et délibéré de voyages répétés entre le continent et les îles.

Comme l’explique l’archéologue Matthew Walls de l’Université de Calgary : « Il ne s’agit pas seulement d’une visite ponctuelle… c’était un lieu de retour. » La forte concentration d’habitations exclut toute dérive accidentelle ; c’étaient des expéditions planifiées.

Naviguer dans des eaux dangereuses

Le voyage depuis le continent du Groenland jusqu’à Kitsissut couvre au moins 53 kilomètres à travers une mer ouverte connue pour ses vents irréguliers, son brouillard dense et ses courants forts. Un tel voyage dans un bateau traditionnel à ossature de bois recouvert de peau aurait pris environ 12 heures, ce qui le rendrait exceptionnellement risqué. Le moment choisi suggère que ces voyages ont eu lieu pendant le bref été arctique, lorsque les conditions étaient légèrement plus favorables.

Exploration axée sur les ressources

Le principal facteur de ces voyages à risque semble être l’accès aux oiseaux marins de Guillemot de Brünnich et à leurs œufs, que l’on trouve en colonies massives sur les falaises des îles. L’emplacement des habitations directement sous les sites de nidification, associé à l’abondance d’os de guillemots, le confirme. L’ampleur des colonies suggère des expéditions au niveau communautaire plutôt que des parties de chasse isolées.

Repenser les modèles de migration dans l’Arctique

La découverte recadre la façon dont les archéologues comprennent les premiers mouvements dans l’Arctique. Auparavant, la région était considérée comme un corridor de migration entre le Canada et le Groenland. Cependant, Kitsissut démontre que ces premiers peuples ont également développé une exploration ciblée et axée sur les ressources de l’environnement arctique. Les îles n’étaient pas seulement un passage, mais un lieu d’innovation dans l’adaptation maritime.

“Les archéologues ont tendance à considérer la région comme un carrefour… Mais Kitsissut est mieux présenté comme un lieu d’innovation.” – Matthieu Murs

La capacité des Paléo-Inuits à naviguer dans ces eaux glaciales avec une telle régularité souligne leur profond engagement envers un mode de vie maritime et leur maîtrise de la technologie des embarcations. Cette découverte ajoute une nouvelle couche de complexité à l’histoire de la résilience humaine précoce face à des défis environnementaux extrêmes.