L’objet le plus rapide que les humains aient jamais construit n’est pas une fusée décollant de la Terre. Ce n’est même pas un vaisseau spatial actuellement assis sur une rampe de lancement. C’est la sonde solaire Parker.
Lancée par la NASA en août 2018, cette mission pionnière réécrit les manuels de physique solaire. Mais pour les ingénieurs et les physiciens, sa réalisation la plus marquante est la mécanique. La sonde est devenue l’objet fabriqué par l’homme le plus rapide de l’histoire. Et il n’y est pas parvenu en allumant plus fort ses moteurs principaux. Il y est arrivé en trichant avec gravité.
Comment Gravity Assist crée le record de vitesse ultime
Pour comprendre comment Parker Solar Probe bat des records sans propulsion constante, il faut regarder sa danse avec Vénus.
L’objectif de la mission est ambitieux : s’approcher suffisamment de la couronne solaire pour étudier le vent solaire et comprendre pourquoi l’atmosphère extérieure de notre étoile est plus chaude que sa surface. Pour ce faire, la sonde doit plonger profondément dans le puits de gravité du Soleil. Mais passer sur une orbite plus étroite nécessite un ralentissement par rapport au Soleil. Les vaisseaux spatiaux le font en passant devant les planètes.
Chaque fois que Parker Solar Probe survole Vénus, elle utilise le champ gravitationnel de la planète pour voler une infime fraction de son énergie orbitale. Cette assistance gravitationnelle déplace la trajectoire de la sonde, la rapprochant du Soleil. Plus il se rapproche, plus il doit se déplacer vite pour éviter de tomber, un peu comme un patineur artistique tirant ses bras pour tourner plus vite.
Les résultats sont stupéfiants.
Lors d’un récent survol cet été, l’assistance gravitationnelle de Vénus a propulsé la sonde solaire Parker à une vitesse fulgurante de 635 266 kilomètres par heure. Cela a brisé son précédent record de 586 863 km/h, établi en novembre 2021.
Pensez à cette vitesse. 148 kilomètres par seconde. Si vous pouviez monter à bord d’un navire voyageant à ce rythme, vous pourriez quitter la Terre et atteindre la Lune en seulement 43 minutes. Mars? Quatre jours et demi.
Ce n’est pas un hasard. C’est une progression calculée. La NASA a programmé plusieurs survols de Vénus jusqu’à la fin de la phase initiale de la mission, fin 2024. Chaque passage resserre l’orbite. Le prochain record de vitesse n’est pas seulement possible ; c’est garanti. D’ici fin 2025, la sonde devrait atteindre 692 000 km/h (192 km/s) à son approche la plus proche.
Le défi thermique derrière la vitesse
La vitesse est impressionnante. La survie est la véritable merveille de l’ingénierie.
À mesure que Parker Solar Probe se rapproche, l’environnement devient hostile. À ses approches les plus proches, la sonde subira des températures atteignant 1 400 °C. Pour rappel, plus tôt dans la mission, lors de sa quatrième rencontre solaire en janvier 2020, la sonde a enregistré une vitesse de 393 044 km/h tandis que son bouclier thermique supportait une température de 612 °C. Les instruments derrière ce bouclier sont restés à une température gérable de 30 °C.
Mais la charge thermique augmente. Les prochains passages exposeront le système de protection thermique à près de 1 370 °C. La sonde vole essentiellement dans un four, protégé par un bouclier en composite de carbone de 11,5 centimètres d’épaisseur.
Pourquoi éprouver tant de difficultés ? Parce que c’est dans la couronne – l’atmosphère extérieure du Soleil – que provient le vent solaire. Ce vent est un flux de particules chargées qui affecte la météorologie spatiale et peut perturber les satellites, les réseaux électriques et les communications sur Terre. En mesurant les champs magnétiques et la vitesse des particules directement à la source, les scientifiques espèrent prédire les tempêtes solaires avec une plus grande précision.
Se rapprocher de l’étoile
Les records de distance chutent aussi vite que les records de vitesse.
Après son dernier survol de Vénus, Parker Solar Probe a établi un nouveau record de proximité, en s’approchant à 7,26 millions de kilomètres de la surface du Soleil. C’est nettement plus proche que l’orbite moyenne de Mercure.
Mais l’enquête n’est pas terminée. Le profil de mission vise une approche la plus proche de seulement 6,16 millions de kilomètres. Cette étape est attendue vers fin 2024 ou début 2025. La sonde se déplacera alors si vite et si près qu’elle consolidera son statut de champion incontesté de la vitesse humaine.
Les données provenant de ces conditions extrêmes modifient notre compréhension de l’héliophysique. Nous apprenons comment le vent solaire accélère et comment les champs magnétiques se reconfigurent dans la couronne. C’est désordonné, violent et incroyablement rapide.
Et nous ne faisons que commencer. À mesure que chaque survol de Vénus amène la sonde plus profondément dans l’emprise du Soleil, les chiffres vont augmenter. La vitesse augmentera. La chaleur va s’intensifier. La question n’est pas vraiment de savoir si les records vont battre. C’est à quel point notre compréhension du Soleil va se transformer pendant que la sonde survivra pour raconter l’histoire.
Le soleil brûle. La sonde perdure. Et les chiffres ne cessent d’augmenter.

Le piège des abonnements
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