Alors que le monde approche du 40e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, l’attention reste concentrée sur les restes brisés du réacteur 4. Sous la structure massive et moderne du New Safe Confinement se trouve un paysage de radiations extrêmes, de béton en ruine et de dangers physiques imprévisibles.
Alors qu’une grande partie du monde considère Tchernobyl comme une relique historique, pour un groupe restreint de scientifiques, il s’agit d’un environnement vivant, respirant et hautement volatile qui nécessite une surveillance constante.
Le scientifique dans l’ombre
Au cœur de cette mission en cours se trouve Anatoly Doroshenko, scientifique à l’Institut pour les problèmes de sécurité des centrales nucléaires (ISPNPP). Son rôle est particulièrement périlleux : il doit pénétrer physiquement dans les ruines du réacteur pour collecter des échantillons et des mesures de rayonnement, souvent à moins de huit mètres du cœur exposé.
Pour Doroshenko, le travail est un équilibre délicat entre discipline psychologique et précision technique. Il décrit l’expérience non pas comme un moment de peur, mais comme une aventure riche en adrénaline, semblable à l’exploration des profondeurs de l’océan ou à l’escalade de l’Everest.
“Il faut être conscient que tout est contaminé… Vous avez envie de faire des travaux, mais ce n’est pas une excursion. Vous travaillez là-bas, vous devez donc être conscient de tout ce que vous devez faire et le garder en tête.”
Naviguer dans un labyrinthe radioactif
L’intérieur du Réacteur 4 est un labyrinthe chaotique de débris, caractérisé par :
– Corium : Un mélange mortel, semblable à de la lave, de combustible fondu, de béton et de métal formé lors de la fusion à 2 500°C. Cette substance s’est infiltrée dans des formes bizarres, ce qui lui a valu des surnoms comme « pied d’éléphant ».
– Instabilité structurelle : Le « Bouclier biologique supérieur » – une dalle de 2 200 tonnes surnommée « Elena » – se trouve à un angle précaire de 15 degrés. Un effondrement pourrait déclencher d’énormes nuages de poussière radioactive.
– Voies imprévisibles : L’explosion a transformé le réacteur en un labyrinthe de tuyaux tordus et de décombres, rendant les déplacements difficiles même pour les experts.
Pour survivre dans ces environnements, les scientifiques s’appuient davantage sur des connaissances que sur des équipements. Bien que les équipements de protection – allant des respirateurs et des gants aux combinaisons multicouches en polyéthylène et aux tabliers en plomb – soient essentiels, la véritable défense réside dans une compréhension approfondie de la dosimétrie et de la radioprotection.
Pourquoi une surveillance constante est essentielle
L’une des principales raisons de ces excursions dangereuses est la nature imprévisible des matières nucléaires qui restent à l’intérieur. Le réacteur n’est pas « mort » ; il est chimiquement et physiquement actif.
Le risque réside dans le flux de neutrons. Lorsque le combustible radioactif se désintègre, il émet des neutrons. Si ces neutrons sont capturés par d’autres noyaux, ils peuvent déclencher de nouvelles réactions de fission. La stabilité de ces réactions dépend fortement de l’humidité :
– Une humidité élevée agit comme un modérateur, ralentissant les neutrons et empêchant une réaction en chaîne.
– Les conditions sèches peuvent entraîner des « pics » soudains de l’activité nucléaire.
Avec l’installation du Nouveau Confinement Sûr, les niveaux d’humidité à l’intérieur du réacteur changent. Les scientifiques se préparent à d’éventuels pics d’activité, ce qui rend la collecte régulière et pratique de données par Dorochenko vitale pour prévoir et prévenir de nouveaux accidents.
Le coût humain de la sécurité
Le travail est éprouvant physiquement et mentalement. Les chercheurs de l’ISPNPP constatent une inquiétude croissante concernant le vieillissement de la main-d’œuvre et la pénurie de jeunes spécialistes compétents en dosimétrie complexe. Pour ceux comme Doroshenko, ce travail représente une lourde responsabilité, qui nécessite un niveau constant et sain de préoccupation pour leur propre sécurité afin de s’assurer qu’ils ne commettent jamais une erreur fatale.
Conclusion
La mission à l’intérieur de Tchernobyl est une course contre la montre et la physique. Alors que l’environnement du réacteur évolue en raison des nouvelles mesures de confinement, les données recueillies par ces scientifiques restent le seul moyen de garantir la stabilité du site pour les générations futures.
